Céline, jeune journaliste, rejoint l’équipe de MaFortePoitrine.com

Quand les gens me parlent de ma poitrine, je réponds souvent, que de toute façon, « ils arrivent toujours partout avant moi ». Physiquement, ils franchissent toujours les portes en premier.
Mes parents ont choisi de m’appeler Céline, de me faire 25 ans plus tôt, et j’ai reçu le gène du 85F. (Ce qui en soit, ne fait pas partie des plus grandes tailles, sur l’échelle du genre, mais toutefois, je reconnais partager les même désagréments quotidiens). Impossible de trouver un soutien gorge adapté, ou sinon en sacrifiant le bas, pour ne pas démolir le budget mensuel. Et courir tristement dans les grandes surfaces à la recherche de culottes pas trop surannées.

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Sans titre ©Francesca Woodman

Mais bien avant ces réjouissances là, sont d’abord venus les affres de l’adolescence. Chance, je passe ma scolarité chez les religieuses. Pas de garçons. Jusqu’au lycée. Avec l’intrusion des jeunes puberts en périphérie de ma poitrine. Je découvre un intarissable sujet de discussion. Fascinant. Ne sachant plus vraiment où la mettre, je trouve des styles appropriés au port de vêtements informes, et ça fonctionne. Un gentil désastre que je rattrape rapidement, une fois le bac en poche. Armée d’énormément d’humour, d’auto dérision et de princes peu charmants.

Plus tard, dans un cadre professionnel, un homme m’a sorti de but en blanc, « vous avez deux beaux handicaps ». Tout en jetant un briquet dans mon décolleté. (Et il visait à la perfection). Fou rire général. Le tableau m’a laissé pantoise et je dois bien l’avouer, je n’ai rien pu lacher d’autre qu’un juron. Pas de phrases intelligentes, pas de traits d’esprit bien avisé.

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Sans titre – ©DR

Sauf qu’entre temps, j’avais appris à aimer mes seins, et ma haine des baleines en plastiques. Ce n’était plus très grave pour moi, seulement pour eux, et pour toutes celles que ça blessent encore profondément. Par voie de conséquence, sans décolleté, pas de briquet. Et l’entreprise était costaud, avant d’être détachée de ce regard particulier des autres sur ma poitrine généreuse et avenante malgré elle, sorte d’aimant à stupidité. (Une fille à forte poitrine, veut forcément la montrer n’est-ce pas).

J’arrive désormais à assumer « de tout déballer » lorsque l’été se pointe et me donne l’air d’une « bimbo ». J’ai fait le deuil des chemises et autres top sans bretelles. Et surtout, j’ai pris l’habitude qu’ils fassent, en toute autonomie, un premier tri efficace lorsque je débarque en terres inconnues. Entre temps, je suis devenue journaliste, j’ai croisé un sacré paquet de misogynes, qui m’encourageaient à poser pour La Redoute rubrique lingerie, au lieu de me consacrer à l’écriture.

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Sans titre – ©DR

« Écrire ? Avec une si belle poitrine ? C’est du gâchis. ». J’en passe et des stupides. Comme si mes seins et mon cerveau ne faisaient pas partie d’un tout, mais que je devais en choisir un pour construire ma vie. Que de toute façon, on ne me prendrait jamais au sérieux.
C’est assez vrai, dans l’ensemble. Pour autant, j’ai eu la chance de rencontrer des gens pour qui le genre (et encore moins la taille de soutien gorge), ne faisait pas office de critère absolu pour accéder à quoi que ce soit. Sans coucher avec qui que ce soit non plus. On m’a souvent reproché de manquer d’humour quand on me demandait avec qui j’avais bien pu fricoter pour en arriver là. « Tu m’étonnes qu’il voulait voir ça de plus près, avec les jumeaux que tu as ». J’ai forcément développé un penchant pour la cause de toutes les femmes. C’est un sujet qui me tient à cœur. Mais avant de clamer au haut et fort que nos corps sont libres et nous appartiennent, il faut s’interroger sur les insidieuses tortures mentales qui empêchent cette pleine prise de pouvoir sur soi.

Nous ne sommes pas dans un dualisme gentils/méchants. Plutôt dans une profonde perte de sens et de repères humains. Nos sociétés, et nous, qui les composons, voudrions tout contrôler, tout régenter, tout caser. Malheureusement, reste à la traîne le respect d’autrui dans cette dictature du jugement permanent. Et il me semble que l’initiative de Ma Forte Poitrine fait partie de celles qui manquent cruellement à nos édifices : l’entraide et le partage. Pas si simple.

One thought on “Céline, jeune journaliste, rejoint l’équipe de MaFortePoitrine.com

  1. Très jolie billet de votre part Céline ! Il y a de cela quelque jours, une adolescente prenait le bus. Un groupe d’adolescente est rentrée et ont commencé à l’injurier a cause de sa poitrine… Je sortais du bus a ce moment là et franchement j’étais triste pour elle et assez déçu de moi-même de n’avoir rien dit… Mais tout ça pour dire encore une fois que les femmes ayant une forte poitrine vivent parfois un calvaire et c’est vraiment bien d’avoir un blog comme celui-ci et des participants telle que vous pour témoigner ! Bravo !

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