Témoignage de Cathy, 95F : et si tu me regardais dans les yeux ?

Nous avons reçu ce témoignage par mail dans un premier temps. Nous (Line) l’avons mis au point et ajouté des questions en accord avec Cathy dans un second temps.

Cathy : J’ai maintenant 37 ans et une forte poitrine depuis toujours. J’ai eu envie de témoigner pour que des filles jeunes qui sont dans ma situation ne tombent pas dans la désespérance. Car je sais ce que c’est !

logo4Jusqu’à 30 ans j’ai trouvé ça insupportable. Heureusement, contrairement à beaucoup de filles dans la même situation, j’ai eu le support très efficace de mes parents. A la maison, pas de réflexions, pas de regards d’oncles, pas de moqueries de frères. J’étais quasiment sanctuarisée, protégée.
Mais dès que je mettais les pieds, le nez, et forcément les seins dehors, même protégée par les minimiseurs et les vêtements amples, c’était la honte.

Line : Vous savez que c’est un grand classique. Le saviez vous à l’époque ?

Cathy : Non ! Je vois bien, surtout grace à Internet en cherchant sur Doctissimo ou d’autres sites (c’est comme ça que je vous ai trouvées) que ce problème revient en boucle chez les jeunes ! Mais à mon époque pas d’internet, pas de forum ! J’etais en général la seule de ma classe à avoir une telle poitrine (90E pendant ma scolarité) et c’était la loose en permanence. Garçons ou filles, pas de relâche : regards, réflexions, pouffements de rires quand un prof me demandait de passer au tableau, etc…  Avec le recul je me demande si je n’aurais pas été poussée à une dépression dangereuse sans le sanctuaire du foyer…

Line : et les garçons ?

Cathy : Les garçons, jusqu’à disons 25 / 30 ans, ne m’ont pas aidée. Quand j’ai été en âge de rêver au prince charmant, ce qui est venu assez tard, j’ai cherché le regard des candidats potentiels. C’est à cette époque que j’ai commencé à me dire, comme pour moi même, chaque fois que j’en croisais un : « Et si tu me regardais dans les yeux ? ». Toutes les filles qui ont de la poitrine comprendront. Je me demande maintenant si cette petite phrase, prononcée intérieurement, plutôt par détestation vers 20 ans, et plutôt par jeu à 30 ans, ne m’a pas permis d’évoluer lentement.

Un jour, sans me douter de la suite, je m’en était ouverte à mon compagnon actuel, et il a en quelque sorte déverrouillé mon problème d’une façon originale.

Line : Là on attend la suite !

Cathy : Il a acheté un Tshirt blanc, pas spécialement moulant, mais pas non plus ample, et il écrit un slogan dessus, avec un transfert et un fer à repasser. Sur le Tshirt, il y avait écrit, bien en évidence sur la poitrine, en gros, ma phrase ! Ma phrase à moi, ressassée en secret pendant 10 ans, et que je lui avais confié : « Et si tu me regardais dans les yeux ?« . Mi surprise, mi amusée, mi choquée (ou, je sais, ça fait 3 moitiés), je l’ai essayé tout de suite. Mais il y avait le deuxième effet « kisscool » qui arrivait dans la foulée ! Il ne m’a pas laissé une seconde pour hésiter : hop, promenade dans la rue et le parc, bras dessus bras dessous.
Une personne sur deux au moins, homme ou femme, éclatait de rire en nous croisant. Nous avons ri aussi, presque pendant 1 heure. Nous les regardions arriver, commencer à essayer de lire, puis comprendre et sourire.
Et surtout, je souriais de voir les gens regarder ma poitrine. Plus rien de malsain, ou je dirais pour être plus précise, plus rien de ressenti comme malsain.

Depuis ce jour, mais globalement depuis que mon ami m’a aidé à me libérer, ma petite phrase est devenue un sourire intérieur. Je me surprends à gérer le regard des autres. Des hommes bien sur, mais des femmes aussi, qui apprécient quelquefois très visiblement.

Line : Gérer le regard des autres ?

Cathy : Oui, si un homme est « intéressé » par le fait disons… d’observer ma poitrine, je peux comme nous toutes je suppose, plus ou moins consciemment, lui offrir une grande palette de retours. Je peux fermer tout de suite ma veste. Je peux fermer ma veste plus doucement, après quelques secondes, genre « le spectacle est terminé, dommage ». Mais je peux aussi ramener les pans de ma veste et soupirer un grand coup pour que ça s’entrouvre un peu. Je peux dans mes grands moments de générosité regarder sur le coté un moment pour lui laisser voir, avant de fermer la veste en lui souriant. Et il y a 100 nuances que j’ai appris à maîtriser.

Line : Presque une forme de domination ?

Cathy : Je ne sais pas sur le plan psy, mais pour moi ce n’est pas de la domination. C’est le retour de flamme tout en douceur des années de déprime et de honte de ma poitrine, devenue une sorte d’arme, oui. Disons plus simplement que je suis en paix.
Je crains que l’on ne profite pas vraiment de l’expérience des autres, mais si jamais une jeune fille me lit, et qu’elle est désespérée de sa forte poitrine, je tiens à le lui dire : sois toi même et fais abstraction du regard des autres et des ricanements. Vis ta vie, tu es belle et les années à venir feront de toi une reine. Et si ton regard est fier, ils te regarderont (aussi) dans les yeux !

Cathy / Line

One thought on “Témoignage de Cathy, 95F : et si tu me regardais dans les yeux ?

  1. Tout à fait d’accord sur le fait qu’il ne faut prendre garde aux dégats des moqueries ! Lourds dégats ! Pour ma part, je suis 100G à 25 ans, et déjà au collège j’était bonnets E.
    Je vous dis pas les moqueries, tout ce que j’ai entendu !!!!!
    Et je passe forcément sur ce que je n’ai pas entendu.
    Ca va même beaucoup plus loin, ça peut parasiter l’identité même. Je n’étais plus ou pas Caro, j’étais la nana qui a les gros seins. Et de faire le mouvement avec les mains devant le buste en gonflant les joues.
    Tu sais, celle qui …. mmmm ?
    Et puis en dehors des mots, il y a les regards, les coups de coudes au voisin, les éclats de rire dans le dos.
    Il faut etre solide pour ne pas plonger quelquefois. Donc les témoignages font du bien.
    Pour ma part je ne suis pas vraiment sortie du tunnel, mais je vois la lumière !

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